L’article en bref
L’article en bref — Découvrez qui dirige l’Église orthodoxe et comment s’organise cette communion de plus de 230 millions de fidèles.
- Le patriarche œcuménique de Constantinople dirige spirituellement l’Église orthodoxe mondiale, mais sans autorité absolue comme le pape. Il est primus inter pares — premier parmi ses pairs.
- Bartholomée Ier occupe cette fonction depuis 1991. Surnommé le « patriarche vert », il s’engage activement pour la protection de l’environnement et maintient des relations diplomatiques internationales.
- L’Église orthodoxe regroupe seize Églises autocéphales indépendantes, chacune élisant librement son propre primat. Aucune hiérarchie centralisée n’existe contrairement au catholicisme.
- Plus de 230 millions de fidèles composent cette troisième confession chrétienne mondiale, largement présents en Europe de l’Est et Russie.
Je me souviens d’un moment particulier, lors d’une conférence sur le dialogue interreligieux à Lyon, où un participant m’avait posé cette question avec une sincère perplexité : « Mais Nicolas, qui est le chef de l’Église orthodoxe ? Est-ce comme le pape ? » La réponse, je l’avais donnée avec soin, car elle révèle toute la subtilité d’une tradition chrétienne millénaire, profondément différente de ce que nous connaissons en Occident. Permettez-moi de vous la livrer ici, avec le même soin.
Le patriarche œcuménique : chef spirituel de l’Église orthodoxe
La question mérite une réponse directe. À la tête de l’Église orthodoxe mondiale se trouve le patriarche œcuménique de Constantinople, dont le siège est établi à Constantinople — aujourd’hui Istanbul. Depuis 1991, cette dignité appartient à Bartholomée Ier, né Dimitrios Archondonis en 1940 sur l’île d’Imbros, connue aujourd’hui sous le nom turc de Gökçeada. Il est le 270e archevêque de Constantinople, et son titre complet est archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et patriarche œcuménique.
Son autorité, d’un autre côté, diffère fondamentalement de celle du pape catholique. Le patriarche œcuménique n’est pas un chef absolu. Il porte le rang de primus inter pares, c’est-à-dire « premier parmi ses pairs ». Cette expression latine dit tout — il bénéficie d’un honneur particulier, d’une prééminence morale sur les autres Églises autocéphales, mais il ne peut en aucun cas s’ingérer dans leurs affaires internes. L’Église orthodoxe considère que son seul chef véritable est le Christ lui-même.
Bartholomée Ier est surnommé le « patriarche vert » depuis plus de vingt ans, en raison de son engagement pour la protection de l’environnement. Le magazine Time l’a classé en 2008 parmi les cent personnalités les plus influentes du monde, saluant sa vision qui fait de l’écologie une responsabilité spirituelle. Il a organisé huit symposiums internationaux et interreligieux consacrés aux grands défis environnementaux. En décembre 2015, il a participé aux préparatifs de la COP21 à Paris, accompagnant le président François Hollande lors d’un déplacement aux Philippines.
Une présence active sur la scène internationale
Bartholomée Ier a siégé au sein du Conseil œcuménique des Églises, participant à trois assemblées générales : Uppsala en 1968, Vancouver en 1983 et Canberra en 1991. Il a été vice-président de la Commission de Foi et Constitution pendant huit ans, de 1975 à 1983, et membre de cette même commission pendant quinze ans au total. En juin 2016, il a présidé la tenue du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, réuni en Crète, événement historique illustrant la nature conciliaire de l’orthodoxie.
Ses liens avec la France
Environ 50 000 chrétiens orthodoxes grecs relevant du Patriarcat de Constantinople résident en France. Bartholomée Ier y entretient des liens solides. En 2014, il avait rencontré François Hollande et Nicolas Hulot dans le cadre de la préparation de la COP21. En avril 2017, il s’était rendu à Taizé, en Saône-et-Loire. Sa dernière visite, en avril 2022, l’a conduit à Paris à la Maison des évêques, avenue de Breteuil, où il a rencontré le chef de l’État Emmanuel Macron et son premier ministre.
Un rôle sans équivalent pontifical
Contrairement au pape catholique — dont le titre de Vicarius Filius Dei traduit une autorité universelle — le patriarche n’administre pas un Vatican, ne promulgue pas de dogmes pour l’ensemble de la communion. Pour comprendre ce qui distingue les deux traditions, je vous invite d’ailleurs à lire cet éclairage approfondi sur ce que sont les chrétiens catholiques et ce qui les distingue des autres confessions chrétiennes. C’est une question que l’on me pose souvent, et à laquelle il n’est pas toujours aisé de répondre simplement.
Une communion d’Églises indépendantes : organisation et diversité orthodoxe
L’Église orthodoxe rassemble aujourd’hui plus de 230 millions de fidèles, ce qui en fait la troisième confession chrétienne par le nombre de membres, après l’Église catholique et l’ensemble des Églises protestantes. Au début du XXIe siècle, les orthodoxes représentaient environ 10 % des chrétiens dans le monde, soit quelque 220 millions de personnes. Parmi elles, 177 millions vivent en Europe de l’Est, dont plus de 110 millions en Russie seule.
Cette communion repose sur seize Églises autocéphales canoniques et dix-neuf Églises autonomes. Chacune élit librement son propre primat. Tous les évêques sont spirituellement et juridiquement égaux : un patriarche n’a aucune autorité sur le territoire d’un évêque voisin. Voici les principales Églises autocéphales et leur nombre de fidèles :
| Église autocéphale | Siège | Fidèles (approx.) |
|---|---|---|
| Patriarcat de Constantinople | Constantinople | 3,5 millions |
| Église orthodoxe russe | Moscou | 90 millions |
| Église orthodoxe roumaine | Bucarest | 20 millions |
| Église de Grèce | Athènes | 10 millions |
| Église orthodoxe serbe | Belgrade | 9 millions |
| Église orthodoxe bulgare | Sofia | 8 millions |
| Église orthodoxe géorgienne | Tbilissi | 5 millions |
| Patriarcat d’Antioche | Damas | 750 000 – 1 million |
Le schisme de 1054 et ses origines profondes
Pour comprendre la structure actuelle de l’orthodoxie, il faut remonter au Grand Schisme. Le 16 juillet 1054, Humbert, légat du pape Léon IX, déposa une bulle d’excommunication sur l’autel de la cathédrale Sainte-Sophie, visant le patriarche Michel Ier Cérulaire. Le 24 juillet, le synode byzantin répliqua en anathématisant les légats romains. La rupture définitive entre Rome et Constantinople résultait de plusieurs tensions : rivalité d’autorité entre les deux sièges, usage du pain azyme en Occident, et volonté papale d’uniformiser les rites dans le sud de l’Italie.
La question ukrainienne, fracture contemporaine
Le 11 octobre 2018, le Patriarcat œcuménique annonça son intention d’accorder l’autocéphalie à l’Ukraine. Dès le 15 octobre, le Patriarcat de Moscou rompit la communion avec Constantinople. Le 15 décembre 2018, une nouvelle Église ukrainienne fut créée à Kiev, et le métropolite Épiphane élu à sa tête. Le 5 janvier 2019, l’autocéphalie ukrainienne fut reconnue par le Patriarcat d’Alexandrie, l’Église de Grèce et l’Église de Chypre. Le Patriarcat de Moscou la considère toujours comme schismatique.
Un chemin d’unité encore inachevé
Les anathèmes de 1054 ont été levés le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier. Ce geste fort n’a pas effacé les divergences doctrinales, mais il a ouvert un espace de dialogue. En juin 2022, l’Église orthodoxe macédonienne a été reconnue par le Patriarcat de Serbie et le Patriarcat œcuménique, signe que la cartographie de l’orthodoxie continue d’évoluer. Suivre ces mutations permet de mieux saisir la vitalité d’une tradition chrétienne qui, loin d’être figée, cherche encore sa voix dans le monde contemporain.
Sources consultées : wiki de la réligion Catholique
