Groupe de religieux et fidèles en cercle dans une cathédrale gothique

Religion

Par Nicolas

Église synodale : définition et principes clés

L’article en bref

La synodalité ecclésiale signifie « marcher ensemble » selon une tradition théologique millénaire, constituant l’identité profonde de l’Église catholique.

  • Origines bibliques et patristiques : Le concept remonte à l’Ancien Testament et au concile apostolique de Jérusalem, formalisé par des Pères comme Saint Jean Chrysostome et Cyprien de Carthage.
  • Reconnaissance officielle : La Commission Théologique Internationale (2017) et le pape François affirment que la synodalité est constitutive de l’Église, non une simple stratégie administrative.
  • Discernement spirituel collectif : Contrairement à la démocratie majoritaire, la synodalité est un processus sous l’action de l’Esprit Saint, où chacun s’ouvre à des perspectives plus larges.
  • Évolution moderne : Vatican II et la constitution Episcopalis communio (2018) transforment le Synode des évêques en incluant l’écoute préalable des fidèles, comme le montre le Synode pour l’Amazonie avec 22 000 personnes consultées.
  • Pratique concrète : Vivre la synodalité exige l’écoute mutuelle, l’inclusion des plus fragiles et l’Eucharistie comme cœur nourricier de tout cheminement commun.

Lorsque j’ai découvert, lors d’un colloque à Lyon, la richesse de la tradition synodale catholique, j’ai compris combien ce mot — synode — portait en lui des siècles de vie ecclésiale. Beaucoup de fidèles, notamment parmi les plus âgés de nos communautés, m’interrogent régulièrement sur cette notion qui semble à la fois ancienne et résolument actuelle. Permettez-moi, avec vous, d’entrer dans ce sujet avec toute la sérieux qu’il mérite.

Qu’est-ce qu’une église synodale : définition et racines théologiques

Le mot synode vient du grec : la préposition σύν (avec) et le substantif ὁδός (chemin). Ensemble, ces deux racines forment une idée lumineuse : marcher ensemble sur le même chemin. Saint Jean Chrysostome, l’un des plus grands Pères de l’Église, affirmait que l’Église est synonyme de faire chemin ensemble. Cette formule, vieille de seize siècles, demeure d’une étonnante fraîcheur.

La Commission Théologique Internationale, lors de sa session plénière de 2017, a approuvé un document fondateur sur la synodalité — document que le pape François a lui-même validé le 2 mars 2018. Ce texte affirme solennellement que la synodalité est une dimension constitutive de l’Église. Il ne s’agit donc pas d’une mode administrative, mais d’une réalité inscrite au plus profond de l’identité catholique.

La notion trouve ses racines dans l’Ancien Testament : Dieu convoque Abraham et sa descendance, formant un peuple rassemblé autour de son Seigneur. Le Nouveau Testament prolonge cette dynamique. Au concile apostolique de Jérusalem, décrit dans les Actes 15, l’Église apostolique vit une expérience synodale fondatrice : la communauté délibère, écoute les témoignages de Pierre et de Paul, puis Jacques formule une décision. Tous participent, selon leur rôle propre.

Il importe d’un autre côté de ne pas confondre la synodalité ecclésiale avec une délibération démocratique. Elle n’est pas un vote majoritaire. Elle n’est pas davantage une simple stratégie de cohésion interne. C’est un processus de discernement spirituel commun, conduit sous l’action de l’Esprit Saint, où chacun s’ouvre à une perspective plus large que la sienne propre.

Synodalité et collégialité : deux réalités distinctes
Concept Qui est concerné ? Portée
Synodalité Tout le Peuple de Dieu (baptisés) Participation à la vie et à la mission de l’Église
Collégialité Les évêques Forme spécifique de la synodalité au niveau épiscopal

Une tradition vivante depuis les origines

Ignace d’Antioche, au début du deuxième siècle, témoigne déjà d’une conscience synodale forte entre les Églises particulières. Quelques décennies plus tard, Cyprien de Carthage formule un principe qui reste d’actualité : rien ne se fait sans l’évêque, mais rien ne se fait sans le conseil des prêtres, des diacres et le consentement du peuple.

En l’an 325, le concile de Nicée — premier concile œcuménique — manifeste institutionnellement cette réalité à l’échelle universelle. Puis, au fil des siècles, des figures comme saint Charles Borromée, archevêque de Milan, illustrent cette fidélité — il convoqua cinq synodes provinciaux et onze synodes diocésains. Saint Toribio de Mogrovejo, évêque de Lima, fit de même avec trois conciles provinciaux et treize synodes diocésains.

Le renouveau porté par Vatican II

Le concile Vatican II représente un moment décisif. Sa constitution dogmatique Lumen gentium remet en lumière l’Église comme Peuple de Dieu en pèlerinage. Bien que ni le mot ni le concept de synodalité n’y figurent explicitement, la synodalité se trouve dans l’œuvre de renouveau qu’il a promue. Des voix prophétiques comme celles de Johann Adam Möhler, Antonio Rosmini et John Henry Newman avaient d’ailleurs préparé ce terrain dès le dix-neuvième siècle.

Le fonctionnement concret du Synode des évêques et la participation des fidèles

C’est en 1965 que Paul VI crée le Synode des évêques, organe consultatif placé sous l’autorité directe du pape. Je me souviens d’avoir expliqué à plusieurs paroissiens de Roanne que ce synode n’est pas un parlement : il n’impose rien au pape, mais il l’éclaire. Le pape peut pourtant lui accorder un pouvoir délibératif, auquel cas le document final entre dans le magistère ordinaire après ratification.

Les assemblées peuvent prendre différentes formes :

  • Assemblées générales ordinaires : elles réunissent principalement des évêques élus par les conférences épiscopales. En 1974, l’une d’elles porta sur l’évangélisation dans le monde ; en 2018, sur les jeunes.
  • Assemblées extraordinaires : elles rassemblent les présidents des conférences épiscopales sur des sujets urgents, comme la famille en 2014.
  • Assemblées spéciales : elles concernent une région précise, comme le Synode pour l’Amazonie, ouvert le 6 octobre 2019.

Le Synode pour l’Amazonie illustre magnifiquement la dimension participative. Le Réseau ecclésial panamazonien y avait organisé 260 temps d’écoute, rassemblant 22 000 personnes à travers toute la région. Cette consultation préalable représente l’essence même de la démarche synodale : écouter le Peuple de Dieu avant que les pasteurs ne délibèrent.

La constitution Episcopalis communio : un tournant décisif

Par la constitution apostolique Episcopalis communio, publiée le 18 septembre 2018, le pape François a profondément transformé le fonctionnement du Synode. Désormais, chaque assemblée débute par une phase préparatoire d’écoute des fidèles, coordonnée par le secrétariat général du Synode. C’est une rupture notable avec la tradition antérieure, où les synodes restaient largement une affaire d’évêques.

Ce que décide réellement le Synode

Le Synode, étant d’abord consultatif, ne décide formellement de rien par lui-même. Le pape reçoit le document final, peut en autoriser la publication, et s’en inspire pour rédiger sa propre exhortation apostolique. Ce que le cardinal Luis F. Ladaria, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, rappelait en autorisant la publication du document sur la synodalité, c’est que l’enjeu n’est pas le pouvoir, mais la fidélité à la mission évangélisatrice de l’Église.

Vivre la synodalité aujourd’hui : un chemin exigeant et transformant

Ce qui me touche profondément, après des années à réfléchir à ces questions pour notre communauté de Roanne, c’est que la synodalité n’est pas réservée aux synodes officiels. Elle décrit le modus vivendi de toute l’Église : sa façon d’être, de se réunir, d’écouter et d’agir ensemble.

Vivre la synodalité suppose d’abord une écoute mutuelle entre baptisés de tous états de vie. Par cette écoute active, chacun sort de ses certitudes et s’ouvre à la grâce de l’autre. Un tel chemin prend du temps, exige de la patience — et c’est précisément pourquoi nos anciens, forts de leur longue expérience ecclésiale, y ont tant à apporter.

L’Eucharistie demeure le cœur nourricier de toute démarche synodale. Depuis les conciles de Tolède au septième siècle, chaque assemblée synodale commence et s’articule autour de la célébration eucharistique. La communion au Corps du Christ fait de l’Église une réalité vivante, non une simple institution administrative.

Pour que cette synodalité ne reste pas un idéal abstrait, il est indispensable de placer les plus fragiles, les pauvres et les personnes en marginalité au centre du cheminement. Saint Jean-Paul II, lors du Jubilé de l’an 2000, soulignait avec force combien la conscience de l’Église comme communion s’était développée depuis Vatican II. Ce développement passe nécessairement par l’inclusion de ceux qui se trouvent aux marges — sans quoi, le rêve de marcher tous ensemble resterait un vœu pieux.

Sources : wiki de l’Églisewiki de la réligion Catholique

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