L’article en bref
En Algérie, la présence chrétienne persiste malgré un déclin vertigineux depuis l’indépendance en 1962.
- 4 diocèses catholiques desservent 8 612 fidèles avec 99 prêtres, contre un million en 1960
- Les églises protestantes subissent des fermetures arbitraires : seules 4 sur 47 restaient ouvertes en 2024
- L’ordonnance de 2006 interdit le prosélytisme sous peine de 2 à 5 ans de prison
- 13 communautés masculines et 27 féminines maintiennent une présence spirituelle active
- Des monuments remarquables témoignent de cette foi millénaire : Notre-Dame d’Afrique, basilique Saint-Augustin
Le 13 avril 2026, le pape Léon XIV posait le pied sur le sol algérien pour un voyage apostolique historique. Ce déplacement, qui comprenait des étapes à Alger et à Annaba, illustre à lui seul la complexité d’une présence chrétienne qui résiste, malgré les chiffres vertigineux de son déclin. Je m’appelle Nicolas, et depuis que je rédige pour le blog Église Roanne, je reviens régulièrement sur ces terres d’Afrique du Nord qui ont vu naître des figures immenses de notre foi. La question de combien d’églises en Algérie subsistent aujourd’hui mérite une réponse précise, documentée, et empreinte d’une juste gravité.
Combien d’églises chrétiennes en Algérie aujourd’hui : un état des lieux chiffré
L’Algérie compte aujourd’hui quatre diocèses catholiques : Alger, Constantine, Oran et Laghouat. En 2023, ces quatre structures rassemblaient 8 612 fidèles catholiques, desservis par 99 prêtres. Ce chiffre paraît modeste. Il l’est, au regard d’une histoire qui comptait près d’un million de catholiques en 1960.
Le tableau ci-dessous résume la répartition des fidèles et des lieux de culte dans chaque diocèse :
| Diocèse | Catholiques | Paroisses | Prêtres |
|---|---|---|---|
| Archidiocèse d’Alger | 4 072 | 9 | 27 |
| Diocèse de Constantine | 670 | 6 | 12 |
| Diocèse d’Oran | 1 630 | 6 | 13 |
| Diocèse de Laghouat | 2 240 | 9 | 14 |
À ces paroisses catholiques s’ajoutent les communautés protestantes, dont la situation est bien plus préoccupante. L’Église protestante d’Algérie (EPA), fondée en 1974 avec environ 10 000 membres et 50 communautés, comptait initialement 47 églises. En mai 2024, seules 4 restaient officiellement ouvertes. Selon l’organisation Portes ouvertes, aucune n’était réellement accessible cette année-là.
Ces fermetures ne sont pas anodines. Depuis novembre 2017, 17 églises membres de l’EPA ont été fermées par les autorités. Trois l’ont été à Oran seul, en juillet 2023. L’Église du Plein Évangile de Tizi-Ouzou, pourtant forte de 1 600 membres et 23 ans d’existence, a subi le même sort en octobre 2019, avec l’église de Makouda. La population protestante totale est, elle, difficile à évaluer : entre 35 000 et 45 000 selon le président de l’EPA, entre 60 800 et 100 000 selon les estimations de l’ONU.
Le déclin fulgurant des communautés catholiques
La chute est vertigineuse. En 1960, l’Algérie comptait environ un million de catholiques. En 1964, deux ans après l’indépendance, ce chiffre tombait à 100 000. Le départ de 800 000 Pieds-noirs après 1962 vida les nefs en quelques mois. En 2016, on dénombrait 8 016 catholiques. Aujourd’hui, on estime à 6 500 le nombre de fidèles catholiques, et à environ 110 000 le total des chrétiens de toutes confessions, dont 1 300 coptes-orthodoxes.
Les communautés religieuses encore présentes
Malgré tout, la vie consacrée persiste. En 2026, l’Algérie compte encore 13 communautés masculines, 27 communautés féminines, et 11 mouvements ou associations catholiques. Les Jésuites sont présents à Alger et à Constantine depuis 1840. Cette fidélité au terrain, je la trouve admirable, et elle me touche profondément.
Les édifices remarquables encore debout
Quelques monuments témoignent de cette longue présence. La basilique Notre-Dame d’Afrique à Alger date de 1872. La basilique Saint-Augustin à Annaba fut construite entre 1881 et 1900. La cathédrale d’Alger fut inaugurée en décembre 1962. D’autres basiliques, à Tipasa et Tébessa, ne sont plus que des ruines romaines — vestiges saisissants d’une foi deux fois millénaire.
Cadre légal et persécutions : les obstacles à la commode chrétienne
Pour comprendre combien d’églises en Algérie peuvent encore fonctionner, il faut connaître le droit qui les encadre. L’ordonnance n° 06-03 du 28 février 2006 fixe les conditions d’exercice des cultes non musulmans. La loi n° 06.09 du 17 avril 2006 complète ce dispositif. Le prosélytisme est formellement interdit. Tenter de convertir un musulman expose à une peine de 2 à 5 ans de prison et à une amende de 500 000 à 1 000 000 dinars algériens.
Le 30 janvier 2008, le Père Pierre Wallez fut condamné à un an de prison avec sursis et 200 000 dinars d’amende, réduite en appel à deux mois avec sursis et 20 000 dinars. Le 2 mai 2024, le pasteur Youssef Ourahmane écopa d’un an de prison ferme pour culte non autorisé. Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de religion a adressé des lettres aux autorités algériennes les 4 octobre 2018 et 2 décembre 2020, sans résultat tangible. Caritas a, quant à elle, dû quitter le pays en octobre 2022.
Les martyrs d’hier et d’aujourd’hui
L’histoire récente porte les traces d’un sang versé. De 1963 à 1973, 19 religieux, religieuses et prêtres furent assassinés. En 1996, les 7 moines du monastère de Tibhirine périrent, tout comme l’évêque d’Oran, Pierre Claverie. Ces noms, je les prononce avec une gravité particulière. Ils rappellent que la foi a parfois exigé le sacrifice suprême sur cette terre.
Des racines chrétiennes très anciennes
Le christianisme fut introduit en Algérie dès le 1er siècle. Le siège épiscopal d’Alger fut fondé au 2e siècle. Vers 256, saint Théogène devint le premier évêque du diocèse d’Hippone. Trois conciles s’y tinrent en 393, 394 et 426. La province d’Afrique comptait alors 123 diocèses en Maurétanie césarienne. La conquête musulmane, en 710, mit fin à cette organisation. Il faudra attendre le 12 décembre 1772 pour que le bref Pro commissa rétablisse un vicariat apostolique à Alger.
Perspectives pour les chrétiens d’Algérie : entre résistance et espérance
Pour connaître le classement mondial des pays où les chrétiens sont les plus nombreux, l’Algérie n’apparaît guère. Pourtant, des voix continuent de s’élever. Charles Lavigerie, archevêque d’Alger de 1867 à 1892, fonda la Société des Pères Blancs et marqua durablement l’évangélisation du continent. Charles de Foucauld (1858-1916) consacra sa vie aux Touareg. La famille Amrouche — Fadhma (1882-1967), Jean (1906-1962) et Taos (1913-1976) — incarne une identité kabyle profondément marquée par la foi chrétienne.
Voici les principaux défis auxquels font face les chrétiens d’Algérie :
- L’absence de cadre légal effectif pour les lieux de culte non musulmans
- Les fermetures arbitraires d’églises protestantes depuis 2017
- L’interdiction du prosélytisme, qui fragilise toute transmission de la foi
- La dispersion géographique des fidèles dans un pays immense
La Conférence des évêques de la région Nord de l’Afrique, créée en 1966, réunit les épiscopats du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Libye et du Sahara occidental. Elle maintient un dialogue discret mais constant. La visite du pape Léon XIV en avril 2026 a rouvert une fenêtre. Elle a rappelé au monde que l’Église, même réduite à quelques milliers de fidèles, demeure vivante sur ces terres où saint Augustin enseigna.
Je garde personnellement en mémoire une phrase du cardinal Henri Teissier (1929-2020), qui fut archevêque d’Alger — l’Église en Algérie n’est pas une Église qui cherche à croître en nombre, mais une Église qui cherche à témoigner. Cette humilité-là mérite notre respect le plus sincère.
Sources : wiki de la réligion Catholique
