L’article en bref
Le conclave papal réunit les cardinaux dans un isolement total pour élire le successeur de Pierre.
- Le terme conclave signifie « fermé à clé », pratique instituée au XIIIe siècle pour garantir un choix rapide du nouveau pape
- Seuls les cardinaux de moins de 80 ans participent au scrutin, dans un isolement absolu sans communication extérieure à la résidence Sainte-Marthe
- L’élection requiert deux tiers des voix, avec quatre scrutins quotidiens maximum jusqu’à l’obtention de la majorité qualifiée
- La fumée blanche s’échappant de la chapelle Sixtine annonce l’élection, suivie de la proclamation « Habemus papam » depuis le balcon de Saint-Pierre
Je me souviens encore de cette journée d’avril 2005, lorsque j’avais suivi avec une émotion intense les fumées s’échappant de la chapelle Sixtine. Cette expérience personnelle m’a profondément marqué et nourrit depuis mon attachement à comprendre les mécanismes sacrés qui président au choix du successeur de Pierre. Le pape conclave représente l’un des moments les plus solennels de la vie de notre sainte Église, un instant où la tradition millénaire rencontre la providence divine pour désigner celui qui guidera les fidèles du monde entier.
Comprendre la nature et le calendrier du conclave papal
La signification profonde du conclave
Le terme conclave tire son origine de l’expression latine cum clavis, qui signifie littéralement « fermé à clé ». Cette appellation évoque l’essence même de cette institution : un isolement complet des cardinaux électeurs du monde extérieur durant toute la durée de l’élection. Je trouve remarquable que cette pratique remonte au XIIIe siècle, plus précisément à l’année 1268, lorsque les habitants de Viterbe, excédés par l’indécision prolongée des cardinaux, prirent l’initiative audacieuse de les enfermer dans le palais papal. Cette méthode, pour le moins radicale à l’époque, imposait un régime austère au pain et à l’eau, allant jusqu’à retirer le toit de l’édifice pour accentuer l’inconfort et accélérer la délibération. Grégoire X, finalement élu en 1271 après près de trois années d’enlisement, jugea cette méthode suffisamment efficace pour l’institutionnaliser définitivement.
Le calendrier précis de l’élection pontificale
La période comprise entre le décès du souverain pontife et l’ouverture du scrutin s’appelle la sede vacante, expression désignant la vacance du siège apostolique. Je dois souligner que cette période obéit à des règles constitutionnelles précises établies par la Constitution apostolique Universi Dominici Gregis, promulguée par Jean-Paul II le 22 février 1996 et modifiée par Benoît XVI en 2013. Le conclave s’ouvre entre quinze et vingt jours après le début de cette vacance, délai nécessaire pour permettre aux cardinaux du monde entier de rejoindre la Cité du Vatican.
La journée inaugurale du conclave revêt une dimension particulièrement solennelle. À dix heures du matin, les cardinaux célèbrent une messe votive Pro Eligendo Romano Pontifice dans la basilique Saint-Pierre. L’après-midi, à seize heures trente, ils se rassemblent dans la chapelle Pauline pour un temps de prière contemplative, avant de se rendre en procession vers la chapelle Sixtine au chant du Veni Creator, invoquant avec ferveur l’assistance du Saint-Esprit. Le premier tour de scrutin intervient généralement en fin d’après-midi, aux alentours de dix-neuf heures.
Les participants au scrutin cardinalice
Seuls les cardinaux âgés de moins de quatre-vingts ans peuvent participer à l’élection du successeur de Pierre. Le nombre théorique maximal est fixé à cent-vingt électeurs, bien que ce chiffre puisse être légèrement dépassé selon les circonstances. Les cardinaux électeurs proviennent de tous les continents, reflétant l’universalité de notre sainte Église catholique. L’Europe demeure le continent le mieux représenté, comptant notamment plusieurs prélats français parmi lesquels figurent Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, Philippe Barbarin, archevêque émérite de Lyon, François Bustillo, évêque d’Ajaccio, Dominique Mamberti, responsable du Tribunal suprême du Vatican, et Christophe Pierre, ambassadeur du Saint-Siège aux États-Unis.
Les règles rigoureuses qui encadrent le scrutin
L’isolement absolu des électeurs
Je suis toujours impressionné par la rigueur avec laquelle l’Église préserve le secret du conclave. Les cardinaux sont complètement coupés du monde extérieur pendant toute la durée du processus électoral. Aucun téléphone, ordinateur ou journal n’est autorisé. Ils ne peuvent entretenir aucune correspondance écrite, regarder la télévision, ni recourir à quelque moyen de communication que ce soit. Cette discipline stricte garantit que l’élection se déroule dans une liberté totale, sans ingérence ni influence extérieure. Les cardinaux logent à la résidence Sainte-Marthe, aménagée spécialement à cet effet à l’intérieur de la Cité du Vatican, conditions bien plus confortables que celles de jadis.
Le déroulement méticuleux des scrutins
Après la première journée comportant un unique scrutin, quatre tours de vote sont organisés quotidiennement : deux le matin et deux l’après-midi. Par tirage au sort, trois cardinaux sont désignés scrutateurs, trois autres infirmarii pour recueillir les votes des cardinaux malades, et trois réviseurs vérifient le décompte des bulletins. Assis devant la fresque monumentale du Jugement dernier de Michel-Ange, les cardinaux reçoivent des bulletins rectangulaires portant l’inscription latine Eligo in Summum Pontificem. Chacun inscrit d’une écriture volontairement méconnaissable le nom de son candidat, avant de prononcer le serment solennel : « Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu. »
Les conditions requises pour l’élection
| Critère | Exigence |
|---|---|
| Majorité requise | Deux tiers des voix |
| Scrutins quotidiens | Quatre tours de vote |
| Durée maximale théorique | Quinze jours environ |
| Secret | Absolu sous peine d’excommunication |
Les deux tiers des voix des cardinaux électeurs sont impérativement requis pour élire le nouveau pontife. Si aucun cardinal n’obtient cette majorité qualifiée, les électeurs passent immédiatement à un deuxième tour. Après quatre jours infructueux, une journée de prière et de méditation est ménagée, permettant aux cardinaux de se recueillir et d’échanger sous la conduite spirituelle du premier cardinal de l’ordre diaconal. Cette séquence peut être répétée jusqu’à trois fois. La moyenne historique des dix derniers conclaves s’établit à trois jours et deux dixièmes.
L’annonce solennelle et les premiers gestes pontificaux
La communication des résultats au monde
Le Camerlingue, cardinal assurant l’intérim entre deux pontificats, brûle systématiquement les bulletins après leur décompte dans un poêle installé dans la chapelle Sixtine. La cheminée, visible depuis la place Saint-Pierre, émet une fumée noire si aucun pape n’a été élu et une fumée blanche en cas d’élection réussie, grâce à l’ajout de produits chimiques spécifiques. J’ai toujours été touché par ce symbole ancestral qui permet de communiquer instantanément au monde entier le résultat des délibérations secrètes. Les cloches de la basilique Saint-Pierre retentissent également pour annoncer la joyeuse nouvelle de l’élection.
L’acceptation et la proclamation du nouvel élu
Une fois l’élection validée, le Doyen sollicite le consentement de l’élu en lui posant deux questions capitales : « Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ? » et « De quel nom voulez-vous être appelé ? ». L’élu reçoit la charge pontificale dès l’instant de son acceptation, à condition d’être déjà évêque. Le cardinal proto-diacre, le premier des cardinaux dans l’ordre diaconal, proclame alors la formule célèbre Habemus papam depuis le balcon central de la basilique Saint-Pierre. Cette annonce traditionnelle suscite invariablement une immense joie parmi les fidèles rassemblés sur la place.
La bénédiction urbi et orbi
Le nouveau pontife apparaît ensuite au balcon pour sa première bénédiction apostolique. Il se présente humblement à la foule et prononce sa première bénédiction Urbi et orbi, cette fameuse bénédiction donnée sur la ville de Rome et le monde entier. Dans les semaines suivantes, il célèbre deux messes solennelles : l’une sur la place Saint-Pierre manifestant son ministère universel, l’autre à la cathédrale Saint-Jean du Latran où le nouvel évêque de Rome se présente à son diocèse. Cette double célébration symbolise admirablement la responsabilité à la fois locale et universelle du successeur de Pierre.
