La passion de Christ : récit, signification et histoire

Religion

Par Nicolas

La passion de Christ : récit, signification et histoire

L’article en bref

La passion de Christ retrace les douze dernières heures du Sauveur, du jardin de Gethsémani à la crucifixion.

  • Le chemin de croix débute par l’agonie au Mont des Oliviers, suivi de l’arrestation et des procès devant le Sanhédrin puis Pilate
  • Les quatre évangiles canoniques offrent des perspectives complémentaires : Matthieu insiste sur les prophéties, Marc sur l’humanité souffrante, Luc sur la miséricorde divine, Jean sur la glorification
  • L’iconographie chrétienne traverse vingt siècles d’art, des fresques des catacombes aux retables gothiques, jusqu’aux productions cinématographiques contemporaines
  • La Semaine sainte et le triduum pascal commémorent liturgiquement ces événements salvifiques, culminant avec la veillée pascale

Je me souviens du jour où, jeune séminariste, j’ai découvert pour la première fois les récits évangéliques relatant les dernières heures du Christ. Cette lecture m’a profondément bouleversé, non seulement par l’intensité des souffrances décrites, mais surtout par la dimension théologique de ce sacrifice rédempteur. Aujourd’hui, avec mon expérience de rédacteur pour le blog de l’église de Roanne, je souhaite vous éclairer sur la passion de Christ, ce moment cardinal de notre foi qui demeure au cœur de la spiritualité catholique et qui suscite, encore aujourd’hui, un intérêt artistique considérable.

Les douze dernières heures du Sauveur

De Gethsémani au Golgotha

Le récit de la passion de Christ débute au Mont des Oliviers, dans le jardin de Gethsémani, où Notre Seigneur se retire pour prier après avoir partagé le dernier repas avec ses apôtres. C’est là, dans cette solitude nocturne, que Jésus connaît l’angoisse de sa mission à venir. Les évangélistes nous rapportent que sa sueur devint comme des gouttes de sang, témoignage tangible de son humanité pleinement assumée. Cette agonie spirituelle précède la trahison de Judas, qui livre le Maître pour trente pièces d’argent.

L’arrestation marque le commencement d’une succession d’épreuves : le procès devant le Sanhédrin où les pharisiens l’accusent de blasphème, la comparution devant Pilate, puis devant Hérode. Chacune de ces étapes révèle la détermination du Christ à accomplir la volonté du Père. La figure du Christ dans la tradition catholique se manifeste pleinement dans cette acceptation du sacrifice ultime, révélant sa nature divine tout en assumant les limites de la condition humaine.

La signification théologique du supplice

Permettez-moi de partager une réflexion qui m’accompagne depuis mes années de formation. Le terme « passion » provient du verbe latin pati, qui signifie « souffrir ». Cette étymologie nous rappelle que les derniers jours de Jésus constituent un véritable chemin de croix, une traversée douloureuse qui rachète l’humanité déchue. Comment ce mot, aujourd’hui associé aux transports amoureux, peut-il désigner ce supplice ? La réponse réside dans l’amour infini que le Fils manifeste pour sa création.

La flagellation, le couronnement d’épines, le portement de la croix jusqu’au Calvaire : chaque étape représente une forme particulière de souffrance physique et morale. Les récits évangéliques nous transmettent ces événements avec une sobriété remarquable, laissant à notre méditation le soin d’en saisir toute la profondeur. Cette période culmine avec la crucifixion, où Jésus, cloué entre deux larrons, prononce ses dernières paroles avant de rendre l’esprit.

Les sources scripturaires et leur transmission

Les quatre évangiles canoniques nous livrent des perspectives complémentaires sur ces événements. Matthieu, Marc, Luc et Jean témoignent chacun selon une sensibilité particulière, enrichissant notre compréhension du mystère pascal. Je vous propose ce tableau synthétique des particularités de chaque évangéliste concernant la passion :

Évangéliste Particularité du récit Accent théologique
Matthieu Insiste sur l’accomplissement des prophéties Jésus comme Messie d’Israël
Marc Récit le plus sobre et dramatique L’humanité souffrante du Christ
Luc Souligne la miséricorde divine Le bon larron et le pardon
Jean Perspective hautement théologique La glorification par la croix

Les représentations artistiques à travers les siècles

L’iconographie traditionnelle

Dès les premiers siècles du christianisme, les artistes se sont efforcés de représenter la passion. Vingt siècles d’iconographie chrétienne nous ont légué des œuvres d’une richesse incommensurable, depuis les fresques des catacombes jusqu’aux retables gothiques. Chaque époque a exprimé sa compréhension du mystère pascal selon sa propre sensibilité.

Les grands maîtres italiens comme Antonello de Messine ou Botticelli ont su conférer aux scènes de la passion une dimension à la fois humaine et transcendante. Leurs représentations de la Vierge Marie au pied de la croix ou de l’Ange Gabriel annonçant le drame à venir demeurent des références incontournables. Ces œuvres nous invitent à méditer sur l’intersection entre le divin et l’humain.

Le cinéma et la transmission du récit sacré

L’avènement du septième art a ouvert de nouvelles perspectives pour transmettre le récit de la passion. Depuis les tout premiers films du début du vingtième siècle, comme celui réalisé en 1903 par Nonguet et Zecca, les cinéastes se sont emparés de ce sujet avec diverses approches. Certains privilégient la reconstitution historique minutieuse, d’autres adoptent une perspective plus contemplative.

Je pense notamment à l’œuvre de Pasolini datant de 1965, qui, malgré les convictions athées de son réalisateur, offre une lecture remarquablement fidèle de l’Évangile selon saint Matthieu. Cette adaptation respecte scrupuleusement le texte scripturaire, chaque dialogue provenant directement des Écritures. La réalisation s’inspire également de siècles d’iconographie chrétienne pour composer ses plans. Plus récemment, d’autres productions ont cherché à présenter ces événements avec des approches variées, certaines privilégiant l’intensité dramatique, d’autres la sobriété méditative.

Le renouveau contemporain de la culture biblique

Nous assistons actuellement à un regain d’intérêt pour les récits bibliques dans la production cinématographique. Plusieurs films récents examinent la dimension spirituelle de notre foi, témoignant d’un public désireux de retrouver ses racines chrétiennes. Cette tendance reflète peut-être une quête de sens dans notre société contemporaine, marquée par de nombreuses incertitudes. Ces productions, bien que parfois inégales dans leur qualité théologique, contribuent néanmoins à maintenir vivante la mémoire de ces événements fondateurs.

L’héritage spirituel et liturgique

La commémoration de la passion occupe une place centrale dans notre liturgie catholique. La semaine sainte, qui culmine avec le triduum pascal, nous permet de revivre liturgiquement ces événements salvifiques. Du jeudi saint, où nous célébrons l’institution de l’Eucharistie, au vendredi saint, jour de jeûne et d’abstinence, jusqu’à la veillée pascale, l’Église nous invite à une participation mystique aux mystères de la Rédemption.

Je garde un souvenir particulièrement émouvant d’une célébration du chemin de croix où, méditant sur la douzième station, celle de la mort du Christ, j’ai pleinement saisi l’immensité du sacrifice consenti pour notre salut. Cette expérience personnelle m’a confirmé dans ma vocation de transmettre ces vérités essentielles de notre foi. Le lien entre la Pâque juive, qui commémore le passage de la servitude à la liberté, et la Pâque chrétienne, qui célèbre le passage de la mort à la vie, manifeste la continuité du dessein divin.

Les symboles associés à cette période liturgique revêtent une signification profonde. Les œufs de Pâques, dont la tradition remonte à plus de cinq millénaires, symbolisent la renaissance et la vie nouvelle que nous offre la Résurrection. Même la passiflore, appelée « fleur de la passion », dont les étamines évoquent les instruments du supplice, nous rappelle comment la nature elle-même témoigne du mystère de la Croix.

Vous trouverez des informations complémentaires sur le wiki de l’Église et sur le wiki de la religion Catholique.

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