Homme âgé tenant clés devant basilique romaine majestueuse

Religion

Par Nicolas

Premier pape de l’église : Saint Pierre et origines

L’article en bref

L’article retrace l’histoire de Saint Pierre, premier pape selon la tradition catholique.

  • Saint Pierre, pêcheur de Capharnaüm, reçoit de Jésus le surnom de « Roc » et les clés du royaume des Cieux — fondement théologique de la primauté romaine.
  • Arrivé à Rome vers 64 après J.-C., Pierre meurt crucifié sous Néron. Les fouilles archéologiques (1939-1950) sous la basilique découvrent une nécropole et des ossements datant du Ier siècle.
  • Le titre de « premier pape » est anachronique historiquement. C’est au IIe-IVe siècles que Rome forge le concept de primauté apostolique et dresse les listes de successeurs.
  • Clément Ier, quatrième successeur, théorise la première la succession apostolique et reste le patron des marins.
  • D’autres traditions chrétiennes contestent cette lecture. Paul s’opposa à Pierre ; certains affirment que c’est la confession de foi, non l’homme, qui fonde l’Église.

Je me souviens d’une visite marquante sous la basilique Saint-Pierre, dans ces galeries où les archéologues ont mis au jour une nécropole entière. La pierre froide, les inscriptions latines à peine lisibles — il y avait là quelque chose de profondément émouvant. Permettez-moi, Nicolas, rédacteur pour le blog Église Roanne, de vous guider à travers une question que beaucoup me posent : qui était le premier pape de l’Église catholique ?

Saint Pierre, premier pape selon la tradition catholique

La réponse de la tradition catholique est nette : Simon Bar-Jona, fils du pêcheur Jonas, natif de Capharnaüm sur les rives du lac de Tibériade. Voilà l’homme que l’Église désigne comme son premier pontife. Jésus lui donna le surnom de Pierre — Kephas en araméen, signifiant « roc » — lors d’un échange capital rapporté en Matthieu 16 :15-19.

Ces quelques versets constituent le fondement théologique de toute la primauté romaine. Jésus lui déclare : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Il lui confie les clés du royaume des Cieux. C’est là une investiture sans ambiguïté, du moins selon la lecture catholique. Pierre est aussi le premier apôtre à reconnaître Jésus comme le Messie, et le premier à entrer dans le tombeau selon Jean 20 :6.

Pêcheur de métier, Pierre n’était pas un lettré. Il était marié. Pourtant, il abandonne tout pour suivre le Christ. Après la Résurrection, Jésus lui répète par trois fois : « Sois le pasteur de mes brebis » (Jean 21 :16), comme pour effacer le triple reniement. Cette mission pastorale, Pierre l’assumera jusqu’à Rome elle-même.

L’arrivée de Pierre à Rome et son martyre

Pierre arrive à Rome vers 64 après J.-C., en compagnie de l’apôtre Paul. La ville est alors sous le règne de l’empereur Néron, dont les persécutions contre les chrétiens suivent le grand incendie de Rome. Pierre y trouve la mort, crucifié — la légende dit, la tête en bas, par humilité envers le Christ.

Les Actes de Pierre, document apocryphe rédigé entre la fin du IIe et le début du IIIe siècle, rapportent une apparition du Christ sur la voie Appienne. Pierre lui demande : « Quo vadis, Domine ? » — Où vas-tu, Seigneur ? La réponse le convainc de retourner à Rome pour y mourir. Cette anecdote, si belle soit-elle, reste une tradition pieuse et non un fait historique établi.

Les preuves historiques et archéologiques

Les témoignages écrits sont, eux, bien réels. La Première Épître de Pierre, rédigée vers 63, situe l’apôtre dans une ville surnommée « Babylone » — sobriquet courant pour Rome dans les écrits chrétiens primitifs. Clément Ier, évêque de Rome, mentionne la mort de Pierre dans sa lettre aux Corinthiens, datée de 95. Le prêtre romain Gaius, en 198, atteste de la présence de pèlerins à l’endroit où Pierre et Paul auraient péri, sur le cirque de Caligula — là même où s’élève aujourd’hui la basilique Saint-Pierre.

Entre 1939 et 1950, le pape Pie XII autorise des fouilles archéologiques sous la basilique. Les équipes découvrent une nécropole, cohérente avec un lieu d’exécution de chrétiens. Un cénotaphe du IIe siècle, couvert d’inscriptions vénérant l’apôtre, est mis au jour sous l’autel principal. En 1942, des niches contenant des ossements humains apparaissent. En 1953, d’autres ossements, enveloppés dans un tissu précieux, sont identifiés comme appartenant à un homme d’environ 60 ans ayant vécu au Ier siècle. L’historien Christophe Dickès, dans son ouvrage Saint-Pierre — le mystère et l’évidence, publié en 2021 et récompensé par l’Académie française, analyse avec rigueur ces données.

La primauté romaine : fondements et premiers successeurs

Comment Rome a justifié son autorité

Dire que Pierre fut le « premier pape » au sens récent du terme serait anachronique. D’un point de vue historique, il est peu probable qu’il ait porté ce titre de son vivant. Sa qualité d’apôtre, de témoin direct du Christ, le plaçait au-dessus de toute fonction institutionnelle. C’est plus tard que ses successeurs ont forgé le concept de primauté apostolique de Rome.

Dès la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon puis Eusèbe de Césarée dressent des listes de successeurs de Pierre. Le Liber Pontificalis établira ensuite la liste canonique des papes. La notion d’« apostolicité » — faire remonter l’origine d’une communauté aux apôtres — donne à Rome une légitimité unique. Cyprien, évêque de Carthage au IIIe siècle, qualifie déjà l’Église de Rome de « cathedra Petri » et d’« Ecclesia principalis ».

En 144, le pape Pie réunit un synode de prêtres pour exclure le gnostique Marcion, jugé hérétique. Rome s’affirme ainsi comme arbitre doctrinal. Ce mouvement s’accélère au début du IVe siècle, quand l’empereur Constantin se convertit au christianisme — un tournant qui lie l’Église au pouvoir politique et exige une centralisation accrue. Pour mieux comprendre les querelles doctrinales de cette période, je vous invite à lire notre article sur l’arianisme : définition et histoire de cette doctrine, qui illustre combien ces débats façonnèrent l’Église naissante.

Les premiers successeurs de Pierre

Voici les successeurs immédiats de Pierre, tels que la tradition les reconnaît :

Pape Pontificat estimé Fait notable
Lin Vers 67–78 après J.-C. Organisation de l’Église romaine, pratiques liturgiques
Clet ou Anaclet 80–92 après J.-C. Consolidation de la communauté chrétienne
Clément Ier 92–99 après J.-C. Auteur de la Première Épître de Clément, premier à théoriser la succession apostolique
Évariste 96–108 après J.-C. Navigation entre persécutions et hérésies

Clément Ier mérite une mention particulière. Peut-être affranchi lié à la famille patricienne de Titus Flavius Clemens, catéchisé par Pierre et Paul, exilé par Vespasien en Crimée, il serait mort noyé, une ancre au cou. Sa dépouille fut ramenée à Rome au IXe siècle par Cyrille et Méthode. Il reste le patron des marins.

Un débat théologique qui dure encore

Le premier pape de l’Église catholique fut-il vraiment Pierre tel que Rome l’entend ? D’autres traditions chrétiennes contestent cette lecture. Paul lui-même, dans l’épître aux Galates (2 :11-14), rapporte s’être opposé ouvertement à Pierre : « Je me suis opposé à lui ouvertement, parce qu’il était dans son tort. » Paul ne considérait pas que l’Église fût bâtie sur un homme imparfait, mais sur le Christ seul — « ce rocher, c’était déjà le Christ » (1 Corinthiens 10 :4).

Certains avancent que Matthieu 16 :18-19 fut mal traduit, et que c’est la confession de foi de Pierre — reconnaître Jésus comme Messie — qui constitue le fondement de l’Église, et non Pierre lui-même. Le concile du Vatican de 1870, en dogmatisant la primauté pontificale, a cristallisé ces divergences. Elles traversent encore aujourd’hui le dialogue œcuménique.

Je ne peux que vous conseiller, si ce sujet vous touche, de lire l’ouvrage de Christophe Dickès : il traite ces questions avec une rigueur et une tendresse pour la figure de Pierre qui sont rares dans l’historiographie contemporaine.


Sources consultées : wiki de l’Églisewiki de la réligion Catholique

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