Groupe de cinq personnes debout dans une ruelle urbaine au coucher du soleil

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Par Nicolas

Que sont devenus les enfants : destins et actualités

L’article en bref

Niki de Saint Phalle a sacrifié sa maternité à son art, créant des tensions profondes entre deux vocations.

  • Laura et Philip, ses enfants avec l’écrivain Harry Mathews, ont grandi éloignés d’elle quand elle a choisi de s’engager auprès du sculpteur Jean Tinguely dès 1960.
  • Philip a collaboré au film militant « Le sida, tu ne l’attraperas pas… » (1990), tandis que Laura a reçu en 1994 la lettre « Mon secret », confession tardive où Niki révèle ses propres traumatismes.
  • Bloum Cardenas, petite-fille de Niki, a grandi 30 ans aux côtés de sa grand-mère au Jardin des Tarots et au Cyclop.
  • Elle dirige aujourd’hui la Niki Charitable Art Foundation et transforme le Jardin en laboratoire de conservation pour les générations futures, perpétuant l’héritage artistique.

Niki de Saint Phalle a tout sacrifié à son art, y compris ses enfants. Cette déclaration, qu’elle formulait elle-même sans détour, résume une vie de tensions profondes entre création et maternité. Je me suis souvent interrogé, dans mon travail de lecteur attentif des grandes figures humaines, sur cette façon qu’ont certains artistes de porter leurs blessures comme des offrandes. Car derrière la flamboyance des Nanas et la monumentalité du Jardin des Tarots, il y a une femme, deux enfants, et une histoire familiale plus complexe qu’il n’y paraît.

Laura et Philip, les deux enfants nés d’un amour littéraire

Niki de Saint Phalle a eu ses deux enfants avec l’écrivain Harry Mathews, figure notable de la littérature américaine expatriée à Paris. Laura Duke Condominas voit le jour en 1951, et son frère Philip Mathews en 1955. Leur enfance s’inscrit dans le tourbillon créatif que traversait leur mère, bien avant qu’elle ne devienne l’artiste mondialement reconnue que nous connaissons.

Quand Niki s’installe avec le sculpteur Jean Tinguely en 1960, elle choisit de s’éloigner de ses enfants. Elle le dira elle-même, avec une franchise qui peut heurter : « J’ai abandonné mes enfants pour mon art. » Ce n’était pas un aveu de regret, mais une lucidité douloureuse. Je pense à certains saints du christianisme qui ont quitté leur famille pour répondre à un appel supérieur ; la comparaison s’arrête là, bien sûr, mais cette tension entre vocation et attachement charnel traverse les siècles et les existences.

Philip, de son côté, ne restera pas étranger à l’engagement de sa mère. Il collabore avec elle sur le film « Le sida, tu ne l’attraperas pas… », sorti en 1990. Cette œuvre militante, portée par Niki dans un contexte épidémique dévastateur, montre que le lien mère-fils survivait, nourri par des valeurs communes. Laura, quant à elle, portera longtemps le poids d’un silence maternel sur un traumatisme fondateur.

Car en 1994, à l’âge de 64 ans, Niki publie « Mon secret », une lettre adressée directement à Laura. Elle y révèle les viols et l’inceste infligés par son père dès ses 11 ans. Elle écrit qu’elle regrette de ne pas avoir pu en parler à sa fille pendant son adolescence. Ce courage tardif de la parole, cette tentative de réconciliation par l’écriture, me touche profondément : la vérité, même tardive, libère quelque chose.

Enfant Année de naissance Collaboration avec Niki
Laura Duke Condominas 1951 Destinataire de « Mon secret » (1994)
Philip Mathews 1955 Film « Le sida, tu ne l’attraperas pas… » (1990)

Bloum Cardenas, petite-fille et gardienne d’un héritage monumental

Trente ans aux côtés de Niki

La fille de Laura, Bloum Cardenas, occupe aujourd’hui une place centrale dans la transmission de l’œuvre de sa grand-mère. Elle a grandi durant 30 années aux côtés de Niki, entre le Cyclop, cette sculpture monumentale de Jean Tinguely à Milly-la-Forêt, et le Jardin des Tarots à Capalbio, en Toscane. Elle décrit ce jardin comme son « château imaginaire », un espace qui a façonné sa sensibilité et sa vision du monde.

Jusqu’à ses 13 ou 14 ans, elle fréquente assidûment ce lieu hors du commun avant de s’en éloigner pour vivre sa propre vie. Ce moment de rupture temporaire me rappelle ces jeunes chrétiens qui s’éloignent de l’Église pour mieux y revenir, avec une compréhension renouvelée. Bloum Cardenas est revenue, et avec une mission claire.

Un rôle institutionnel majeur

Elle dirige aujourd’hui la Niki Charitable Art Foundation, basée à Santee, en Californie. Comme garante du droit moral de Niki de Saint Phalle, elle veille à ce que l’œuvre soit interprétée, diffusée et protégée dans le respect de l’esprit original. Sa détermination, elle affirme l’avoir héritée de sa grand-mère, tout comme une curiosité insatiable pour les formes et les idées.

Bloum a aussi collaboré directement avec Niki : en 1993, elle participe, aux côtés de Laurent Condominas, à la publication du livre « Méchant Méchant et les jouets perdus ». Ce projet illustre bien la porosité entre vie familiale et création qui caractérisait l’univers de Niki. La famille, malgré les fractures, restait une matière vivante pour elle.

Le jardin des Tarots comme laboratoire de mémoire

Bloum Cardenas exprime clairement sa vision : faire du Jardin des Tarots non plus seulement un laboratoire de création, comme Niki le concevait, mais un laboratoire de conservation pour les générations futures. Ce projet rejoint, dans mon esprit, l’idée de transmission qui fonde toute tradition spirituelle ou culturelle. On ne garde pas un héritage pour soi ; on le transmet, on le rend accessible, on l’explique.

Que sont devenus les enfants de Niki de Saint Phalle ? La réponse s’étend sur trois générations. Laura a reçu la confidence la plus intime de sa mère. Philip a partagé ses combats militants. Et Bloum perpétue, avec une rigueur et une passion évidentes, un héritage artistique d’une ampleur rare. Ce que Niki a peut-être « abandonné » étant mère, elle l’a retrouvé autrement, à travers des liens forgés dans la création, le partage et la vérité enfin dite.

Pour prolonger votre réflexion sur les figures qui traversent l’histoire en laissant une empreinte durable, je vous invite à consulter le wiki de l’Église et le wiki de la religion Catholique, deux ressources riches pour comprendre comment la mémoire collective se construit et se transmet.

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