L’article en bref
L’article en bref : Saint Pierre, pêcheur galiléen choisi par Jésus, est reconnu comme le premier pape de l’Église catholique.
- Fondation spirituelle : Jésus confie à Pierre les clés du royaume des cieux et fonde son Église sur ce roc, établissant sa primauté apostolique.
- Présence historique à Rome : Pierre arrive à Rome vers 64 après J.-C. et y meurt martyr, attesté par plusieurs textes anciens et découvertes archéologiques.
- Preuves archéologiques : Les fouilles sous la basilique Saint-Pierre révèlent un cénotaphe du IIe siècle et des reliques d’un homme de 61 ans du Ier siècle.
- Institutionnalisation progressive : Ses successeurs — Linus, Anacletus, Clément Ier — renforcent l’autorité de Rome, particulièrement après Constantin au IVe siècle.
Je me souviens d’une question posée par une paroissienne de Roanne, lors d’une réunion catéchétique un soir d’automne : « Nicolas, qui était vraiment le premier pape ? » Cette interrogation, en apparence simple, ouvre en réalité un vaste chantier théologique et historique. Pour quel est le premier pape de l’Église catholique, la réponse de la tradition catholique est claire et constante : c’est saint Pierre, l’apôtre, le pêcheur de Galilée que Jésus choisit pour fonder son Église.
Saint Pierre : le premier pape selon la tradition catholique
Pierre est né sous le nom de Simon Bar-Jona, au tournant du Ier siècle, dans la ville de Capharnaüm en Galilée. Il exerçait le métier de pêcheur sur les rives du lac de Tibériade. Un homme du peuple, marié, sans titre particulier. Pourtant, Jésus le choisit et lui donna un nouveau nom.
Dans l’Évangile de Matthieu (16 — 18-19), Jésus déclare solennellement : « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon Église. » Le nom Pierre — Petros en grec, Céphas en araméen — signifie « roc ». Cette parole fonde toute la théologie de la primauté pétrinienne. Jésus confie également à Pierre les clés du royaume des cieux, symbole d’une autorité spirituelle sans équivalent parmi les apôtres.
Pierre occupe une place singulière dans le Nouveau Testament. Dans les Actes des Apôtres et les trois évangiles synoptiques — Matthieu, Marc et Luc — son nom apparaît toujours en premier. Il est le premier à reconnaître Jésus comme le Messie. Il entre le premier dans le tombeau vide. La tradition le désigne comme prince des apôtres. Ces détails ne sont pas anodins : ils traduisent une prééminence réelle dans la première communauté chrétienne.
Après avoir fondé l’Église de Jérusalem et évangélisé l’Orient, Pierre arrive à Rome vers l’an 64 après J.-C., accompagné de l’apôtre Paul. Cette même année, un grand incendie ravage la ville. L’empereur Néron désigne les chrétiens comme responsables et déclenche de violentes persécutions. Pierre mourra martyr en cette ville, crucifié, selon la tradition relatée dans les Actes de Pierre — document apocryphe rédigé entre la fin du IIe et le début du IIIe siècle.
Les preuves historiques et textuelles
Plusieurs textes anciens attestent de la présence de Pierre à Rome. La Première Épître de Pierre, rédigée vers l’an 63, évoque sa présence à « Babylone » — surnom courant de Rome dans les milieux chrétiens. L’Évangile selon Jean, écrit entre 80 et 110 après J.-C., prédit sa mort en martyr. En l’an 95, l’évêque de Rome Clément Ier mentionne explicitement la mort de Pierre dans sa première lettre aux Corinthiens. En 198, le prêtre romain Gaius, cité plus tard par Eusèbe de Césarée, atteste la présence de pèlerins sur le lieu supposé du martyre de Pierre et Paul : le cirque de Caligula, là où s’élève aujourd’hui la basilique Saint-Pierre.
Les fouilles archéologiques sous la basilique
Entre 1939 et 1950, le pape Pie XII autorise des fouilles archéologiques sous la basilique Saint-Pierre. Les archéologues découvrent une nécropole et un cénotaphe datant du IIe siècle, dédié à l’apôtre, sur lequel des inscriptions témoignent de la vénération des premiers chrétiens. Ce cénotaphe se situe exactement sous l’emplacement actuel de l’autel principal.
En 1942, puis en 1953, des niches contenant des ossements humains sont mises au jour. Ceux découverts en 1953 appartiendraient à un homme d’environ 60 ans ayant vécu au Ier siècle, enveloppés dans un tissu précieux. Dans les années 1960, après réexamen, ces reliques sont attribuées à un homme de 61 ans environ, décédé au Ier siècle. Le pape Paul VI annonce publiquement qu’elles appartiennent très probablement à saint Pierre. Ces reliques ont été présentées au public lors d’une messe célébrée le 24 novembre 2013.
Pierre était-il réellement « pape » de son vivant ?
D’un point de vue strictement historique, il est peu vraisemblable que Pierre ait été désigné « évêque de Rome » de son vivant. Ce titre lui a été attribué plus tardivement, pour légitimer ses successeurs. Sa qualité d’apôtre et de témoin direct du Christ dépassait, aux yeux des premiers chrétiens, toute charge épiscopale. Cela ne diminue en rien son influence réelle sur la communauté romaine naissante.
La primauté de Rome et les premiers successeurs de Pierre
Comprendre quel est le premier pape de l’Église catholique implique aussi de saisir comment la papauté s’est institutionnalisée. Pierre n’a pas laissé un pouvoir clairement défini. C’est la tradition, la théologie et l’histoire qui ont construit cette légitimité progressive.
Voici les quatre premiers successeurs reconnus de Pierre à Rome :
- Linus — vers 67 à 78 après J.-C.
- Anacletus (ou Cletus) — 80 à 92 après J.-C.
- Clément Ier — 92 à 99 après J.-C.
- Évariste — 96/99 à 108 après J.-C.
Clément Ier mérite une attention particulière. Ayant probablement connu Pierre en personne, il intervint dans un différend divisant les chrétiens de Corinthe, acquérant ainsi une autorité morale qui dépasse les frontières de Rome. Quelques décennies plus tard, le pape Pie réunit en 144 un synode de prêtres pour exclure le gnostique Marcion, jugé hérétique. Ces actes successifs fondent la crédibilité doctrinale de l’Église romaine.
Irénée, Eusèbe et la légitimation historique
Dès la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon, puis Eusèbe de Césarée, dressent la liste des successeurs de Pierre. Pour eux, c’est le martyre de Pierre et de Paul à Rome qui fonde la légitimité du siège romain. Plus tard, le Liber Pontificalis établit la liste canonique officielle des papes depuis saint Pierre.
Cyprien, évêque de Carthage au IIIe siècle, qualifie l’Église de Rome de cathedra Petri — la chaire de saint Pierre — et d’Ecclesia principalis. Cette reconnaissance venant d’un évêque africain illustre le rayonnement déjà considérable du siège romain.
L’impact de Constantin et l’institutionnalisation de la papauté
La conversion de l’empereur Constantin au christianisme, au début du IVe siècle, marque un tournant décisif. L’Église de Rome se retrouve alors liée au pouvoir impérial. Pour survivre et gouverner, elle doit se centraliser. Le rôle de l’évêque de Rome comme arbitre doctrinal se renforce considérablement.
Le terme « pape » — du grec papas, père — désignait initialement tous les évêques. Il finit par s’appliquer exclusivement à l’évêque de Rome. Ce glissement sémantique dit beaucoup sur l’ascension progressive d’une institution qui prend appui sur la mémoire de Pierre pour asseoir son autorité universelle. Pour approfondir la relation entre cette tradition et la foi chrétienne dans son ensemble, je vous invite à lire notre article sur est-ce que les catholiques sont des chrétiens.
Ce que la figure de Pierre nous dit encore aujourd’hui
Pierre n’était pas un théologien. C’était un homme simple, capable de douter — il renia Jésus trois fois — et de se relever. Cette humanité est peut-être ce qui rend sa figure si durable. L’Église catholique n’a pas choisi un saint idéal pour fondateur. Elle a choisi un homme faillible que la grâce a transformé.
Voici un tableau récapitulatif illustrant quelques pontificats du XIe siècle, qui rappelle combien la continuité de la succession pétrinienne traversa des règnes très inégaux :
| Pape | Début du pontificat | Fin du pontificat | Durée |
|---|---|---|---|
| Jean XVII | 16 mai 1003 | 6 novembre 1003 | 5 mois et 21 jours |
| Benoît VIII | 21 mai 1012 | 9 avril 1024 | 11 ans, 10 mois et 19 jours |
| Damase II | 17 juillet 1048 | 9 août 1048 | 23 jours |
| Grégoire VII | 22 avril 1073 | 25 mai 1085 | 12 ans, 1 mois et 3 jours |
| Pascal II | 14 août 1099 | 21 janvier 1118 | 18 ans, 5 mois et 7 jours |
Certains pontificats durèrent moins d’un mois — comme celui de Damase II, 23 jours seulement — quand d’autres s’étendirent sur près de deux décennies. Cette diversité rappelle que la papauté est une institution humaine, portée par des hommes, dans toute leur fragilité.
Je crois, pour ma part, que la vraie question n’est pas tant de savoir si Pierre était techniquement « pape » selon les critères modernes, mais de comprendre pourquoi l’Église a éprouvé le besoin d’un fondement humain à son autorité divine. Cette tension entre l’institution et la foi vive reste, aujourd’hui encore, au milieu de toute réflexion catholique sérieuse.
Sources externes consultées : wiki de l’Église — wiki de la réligion Catholique
